Le phénomène de l'immigration internationale dans les pays
développés a pris une importance croissante après la deuxième guerre mondiale. Cela
est dû non seulement à l'augmentation des nouveaux flux d'immigrants, mais surtout à la
composition ethnique de ces flux qui a profondément changé en faveur des pays du tiers
monde. Les conséquences de cette immigration accrue comportent des aspects à la fois
démographiques et économiques.
Sur le plan démographique, l'immigration internationale, par son
apport direct et indirect à la croissance des populations d'accueil, peut être perçue
comme une solution face au déclin prévisible de ces populations à la suite du
vieillissement. Ce vieillissement résulte de la combinaison d'un très faible niveau de
mortalité avec celui tout aussi faible de la fécondité qui se maintient durablement en
dessous du seuil de remplacement (2,1 enfants par femme en moyenne). Faute de pouvoir
relever ce niveau de fécondité à cause des changements profonds que cela implique dans
les habitudes acquises, l'immigration internationale demeure donc la seule alternative
restante. Ainsi, la Loi canadienne de 1976 sur l'immigration reconnaît explicitement le
rôle que peut jouer la politique d'immigration dans "la poursuite des objectifs
démographiques fix! és par le Gouvernement du Canada en ce qui concerne la taille, le
taux de croissance, la composition et la répartition géographique de la population
canadienne" (Foot 1991:73, Beaujot, 1991:112). Dans le même sens l'accord du Lac
Meech (1987), même s'il n'a jamais été appliqué, prévoyait que le Québec pouvait
accueillir 25% de l'immigration totale du Canada, et même 5% de plus, pour des raisons
démographiques. On peut donc se demander dans quelles mesures l'immigration pourrait
être un substitut de la fécondité. Et plus généralement, quelles sont les
conséquences démographiques de l'immigration internationale dans les pays développés
à immigration tels que les pays d'Amérique du Nord, ceux de l'Union Européenne,
l'Australie et la Nouvelle-Zélande?
Sur le plan économique, l'importance croissante du phénomène donne
lieu à une idée généralement répandue selon laquelle les immigrants viennent ravir
les opportunités d'emploi des natifs, et ainsi accroissent leur chômage (Borjas
1989:477, 1995:3 ; Simon, Moore et Sullivan 1993:299, Foster, Gruen et Swan 1994:445,
Akbari 1995:113,123, Bloom, Grenier et Gunderson 1995:988). Une littérature abondante
sest alors développée sur la question de limpact économique de cette
immigration. Mais pour Borjas (1994), "les stéréotypes qui ont longtemps dominé le
débat sur les coûts et bénéfices de l'immigration ont radicalement changé au cours
des années 1980 pour faire place à des questions, des problèmes et des perceptions
nouvelles". Selon lui, "pour une évaluation de l'impact économi! que de
l'immigration, il faut comprendre les facteurs qui motivent les gens à émigrer du pays
d'origine et les conséquences économiques de la poursuite d'une politique d'immigration
donnée" (notre traduction).
La présente revue de la littérature s'intéresse à ces deux aspects
(démographiques et économiques) de l'immigration internationale dans les pays
développés. Mais les difficultés inhérentes à un tel travail sont nombreuses. Elles
sont essentiellement liées à l'étendue du champ très vaste couvert par le sujet, à la
diversité des thèmes abordés et surtout des approches utilisées dans la littérature,
au contenu variable de certains concepts de base comme celui de "citoyen" ou de
"natif" servant à "identifier" l'immigrant, etc. Pour essayer de
mettre de l'ordre dans un tel "casse-tête" (jigsaw puzzle) selon
l'expression de Simon et al. 1993:300), nous avons sélectionné en priorité les lectures
portant sur les études récentes et celles sur le Canada et les Ét! ats-Unis.
Nous présentons les résultats obtenus selon un plan en trois parties.
Dans une première partie, nous examinons les relations théoriques et générales d'abord
entre limmigration et la population dans les pays développés, ensuite entre
limmigration et léconomie de ces mêmes pays. La deuxième partie fournit
quelques données sur les conséquences démographiques, en particulier pour les pays
d'Amérique du Nord. Enfin la troisième partie s'intéresse aux conséquences
économiques et étudie principalement le cas des États-Unis et du Canada.
1
- RELATIONS ENTRE IMMIGRATION, POPULATION ET ÉCONOMIE
Limmigration internationale est en relation à la fois directe et
indirecte avec la dynamique démographique des pays développés daccueil. Elle
sapparente globalement à une natalité additionnelle par rapport à celle des
natifs. Dabord à très court terme (lannée ou la période intercensitaire),
lentrée nette des immigrants correspond à des naissances à des âges non nuls,
conformément à la distribution dâge des flux immigrants. En effet, cette
distribution dâge sajoute directement à celle de la population
daccueil pour former une structure presque semblable, mais différente du point de
vue des effectifs dans les groupes dâge affectés ainsi que les totaux globaux. À
moyen terme, les immigrants participent par la suite aux naissances proprement dites
enregistrées plus tard dans ce pays.! Sur le plan économique, les relations entre
limmigration internationale et léconomie du pays hôte sont très complexes.
La littérature souligne linexistence dune théorie pertinente unique pouvant
rendre compte de ces relations. À cela sajoutent des biais empiriques qui rendent
parfois divergents les résultats auxquels aboutissent les différents modèles.
Globalement cependant, les résultats portent à conclure à un impact faible sur
léconomie du pays daccueil. Après un bref rappel de certains concepts les
plus couramment utilisés, cette première partie nous permet de faire un tour
dhorizon de ces relations, dabord entre limmigration et la population,
et ensuite entre cette immigration et léconomie des pays développés
daccueil.
1.1 - IMMIGRATION ET
POPULATION
Grâce à leur entrée dans les pays développés et surtout à leur
fécondité, les immigrants internationaux contribuent à la croissance des effectifs de
population dans les pays d'accueil. À cause de leur concentration dans certaines
localités, on peut parfois observer l'émergence de puissantes minorités ethniques. Mais
avant tout, il convient de préciser certains concepts souvent utilisés.
1.1.1 - Quelques concepts importants
1- les immigrants
Le Dictionnaire démographique multilingue (Louis Henry 1981:106)
définit le migrant comme "tout individu dont les résidences au début et en fin de
période sont différentes. À l'arrivée dans la résidence actuelle, il est un
immigrant". Teulon (1991:63) ajoute à ce critère purement géographique, un
critère de naissance, et définit un immigré comme une "personne née dans une
nation différente de celle dans laquelle elle réside". Il existe plusieurs
catégories d'immigrants. Avec Meissner et al. (1993), on retiendra les cinq catégories
suivantes :
a- les résidents et les non-résidents légalement admis
Les résidents sont des immigrants établis bénéficiant de la
résidence permanente. Au Canada par exemple, le résident permanent désigne la personne
qui se trouve légalement au Canada à titre d'immigrant ayant obtenu le droit
d'établissement et qui n'est pas citoyen canadien. Par opposition aux résidents, les
non-résidents désignent les personnes munies dune autorisation de séjour
temporaire. Ce sont en général les étudiants étrangers, le personnel technique, les
hauts fonctionnaires et les dirigeants des institutions internationales, les scientifiques
et les experts dans des domaines variés, etc.
b- Les travailleurs immigrants sous contrat
C'était le modèle européen des années 1950 et 1960. Il prévaut
actuellement au Moyen-Orient et se fonde sur le surplus d'offre de main-duvre
des pays alentours ou de l'Asie du Sud et de l'Est. L'exemple des retours massifs de près
de 2 millions de travailleurs expulsés du Koweït, de l'Irak et de l'Arabie Saoudite lors
de la Guerre du Golfe, prouve la situation précaire de ces travailleurs immigrants sous
contrat.
c- Les immigrants illégaux
Ce sont les personnes en séjour illégal, celles dont les
autorisations de séjour sont arrivées à expiration ou encore les
"sans-papiers". Pratiquement tous les pays industrialisés en hébergent des
nombres importants. En effet, il y en a qui se faufilent entre les frontières, d'autres
restent plus longtemps que ne le permet leur autorisation de séjour, d'autres prévoient
à l'entrée un séjour de court terme qui, pour de multiples raisons, devient un séjour
de long terme. Souvent, ils exercent des emplois marginaux ou font des travaux peu
agréables. En conséquence, leur présence ne remplace pas un grand nombre de
travailleurs natifs, mais influe sur les conditions de travail et sur l'ajustement à long
terme du marché de la main-duvre. Mais les mentalités ont progressivement
changé car de nos jours, certains natifs ! au chômage accepteraient volontiers d'occuper
de tels emplois marginaux. En l'absence de ces travailleurs immigrants illégaux, le
chômage des natifs serait donc un tant soit peu réduit, sauf si les immigrants
réguliers prennent le relais des illégaux dans ces emplois.
d- Les chercheurs d'asile
Le phénomène d'asile politique est apparu en force au début des
années 1980 à l'issue des transfuges surtout vers les pays industrialisés, en
provenance de pays connaissant des désastres économiques et des troubles politiques. Il
est régi par les conventions internationales pour les réfugiés. Certains demandeurs
d'asile utilisent les lois sur les réfugiés comme subterfuge pour immigrer, et pour des
raisons humanitaires, ils sont souvent acceptés. Cela fait des chercheurs d'asile, la
catégorie d'immigrants la plus controversée dans les pays développés.
e- Les réfugiés
En droit international, les réfugiés sont des personnes craignant la
persécution à cause de leurs "race, religion, origine nationale, opinion politique
ou appartenance à un groupe social". Les réfugiés sont proportionnellement plus
nombreux en pays moins développés. Mais ils constituent, avec les chercheurs d'asile et
les illégaux, les trois catégories d'immigrants sur lesquelles porte largement le débat
sur l'immigration dans les pays développés.
2- Les étrangers
Toujours selon Teulon (1991:63), "un immigré n'est pas
nécessairement un étranger : ce dernier statut repose sur le critère de nationalité
(situation juridique susceptible de modification)". Un immigrant qui a acquis la
nationalité du pays d'accueil devient alors citoyen de ce pays, c'est-à-dire membre de
droit de cette population. Par ailleurs, soulignons avec Termote (1992) qu'il importe de
ne pas confondre immigrations internationales et entrées internationales. Ainsi dans le
cas du Canada, seules les personnes autorisées à établir leur résidence et qui
obtiennent le droit de résidence permanente, sont considérées comme ayant effectué une
immigration internationale et être des immigrants internationaux (une fois établis, ils
deviendront des immigrés). Outre ces entrées d'immigrants internationaux, il y a les
entr&eacut! e;es des personnes qui n'ont pas besoin d'être "admises" pour
pouvoir s'établir sur le territoire national. Dans le cas du Canada, il s'agit de toutes
celles qui détiennent la "citoyenneté" canadienne, qu'elles soient nées au
Canada ou à l'étranger. Il sagit également des personnes qui, ayant déjà été
admises comme "immigrant" au cours d'une période antérieure, rentrent à
nouveau au Canada après un court séjour à lextérieur.
1.1.2 - Immigration et dynamique de la population
1- Immigration et fécondité
Si l'on considère le pays d'origine des immigrants, on note avec
le temps un changement majeur dans la structure de l'immigration. Dans la première
moitié du vingtième siècle, les immigrants internationaux venaient essentiellement de
pays avec un niveau de développement comparable et, par conséquent, ils avaient des
caractéristiques démographiques semblables. C'était le cas de l'immigration aux
États-Unis entre 1925 et 1960 qui, selon Borjas (1994), privilégiait les pays comme
l'Allemagne et le Royaume Uni. Il en était de même pour l'immigration canadienne entre
1945 et 1955 où, selon Green et Green (1995), les critères de sélection favorisaient
essentiellement le Royaume Uni, les États-Unis, la France et certains pays du
Commonwealth. En Europe de l'Ouest, les immigrants provenaient surtout des autres pays de
l'Europe du Sud tels que ! l'Italie et la Grèce. Mais depuis le début des années 1960,
l'immigration internationale dans les pays développés draine une proportion de plus en
plus forte d'immigrants en provenance des pays du tiers monde. Pour cette nouvelle
catégorie, les immigrants sont de plus en plus nombreux, et leurs caractéristiques
démographiques sont très différentes par rapport au pays hôte, en particulier, leur
fécondité est nettement plus élevée, surtout pour les immigrants en provenance des
pays d'Afrique. Toutes choses égales par ailleurs, il est évident que ce changement de
structure entraînera une plus grande contribution à la dynamique démographique des pays
hôtes.
La contribution proprement dite de l'immigration internationale à la
dynamique démographique des pays développés peut être appréciée sous un double
aspect : l'entrée des immigrants, et leur accroissement naturel, cest-à-dire
essentiellement leur fécondité. L'entrée des immigrants au cours d'une année touche
directement la structure par âge et par sexe de la population d'accueil. Cependant, cet
apport direct a un impact global faible, parce que le nombre net d'immigrants est une
proportion très faible par rapport à chaque groupe d'âge touché dans la population
d'accueil (voir lexemple de quelques pays en Annexe II, Graphique 2).
Quant à la fécondité des immigrants, elle contribue de manière
indirecte. Avec un certain décalage plus ou moins long par rapport à la date d'arrivée
des immigrants et en fonction de leur distribution d'âge à l'entrée, leurs naissances
vont s'ajouter à celles des natifs pour alimenter la base de la structure d'âge du pays
hôte. Dans le long terme, les enfants, les petits-enfants, les arrière-petits-enfants
... de ces immigrants contribueront également à cette dynamique démographique, en
supposant que l'immigration de retour est quasi inexistante. En attendant que ceux-ci et
leurs descendants ne prennent progressivement les habitudes de faible fécondité des
natifs, cette fécondité induite sera d'autant plus importante que les nouvelles vagues
d'immigrants en provenance des pays du tiers monde ont une fécondit&e! acute; plus
élevée (Annexe II, Graphique 3).
Ces deux mécanismes de l'entrée des immigrants et de leur
fécondité, combinés avec un régime soutenu de faible fécondité des natifs, peuvent
assurer l'arrêt de la décroissance de la population tout au moins à court ou à moyen
terme, en produisant une sorte non usuelle de population stationnaire par immigration.
Cette notion de population stationnaire par immigration remonte à Espenshade et al.
(1982). Selon Schmertmann (1992), ces auteurs ont montré que "toute population ayant
un niveau de fécondité en dessous du seuil de remplacement et qui admet un nombre annuel
constant d'immigrants avec une structure par âge fixe, devient par la suite stationnaire,
avec des nombres invariables de personnes à chaque âge. [...] Arthur et Espenshade
(1988) ont montré que la taille de cette population stationnaire par immigration est
tr&egr! ave;s sensible à la structure dâges des immigrants à leur entrée
dans le pays" (notre traduction). Pour une combinaison de taux de sortie (mortalité
par âge) donnée, il existe un nombre infini de populations stationnaires équivalentes,
une pour chaque distribution des entrées selon l'âge. En citant Mitra (1990),
Schmertmann (1992) ajoute que la structure de ces populations stationnaires par
immigration peut comporter des effectifs variables (non décroissants) aux âges de plus
en plus élevés. Une telle structure relève de la distribution d'âges des immigrants à
leur entrée et de la combinaison des taux spécifiques de sortie.
En définitive, Schmertmann (1992) dégage les circonstances dans
lesquelles l'immigration tout comme l'augmentation de la fécondité peuvent rajeunir la
population. Pour ce faire, il considère seulement les populations féminines et suppose
que le nombre des entrées par unité de temps est indépendant de la taille de la
population. Il utilise les formules de populations stables et montre essentiellement que,
parmi toutes les populations stationnaires correspondant à une combinaison particulière
de taux de sorties (décès, émigration), l'une d'elle seulement est sans ambiguïté la
plus jeune, surtout le cas le plus familier des entrées par la naissance (à l'âge 0).
Toute autre population stationnaire doit être nécessairement plus vieille, notamment
celle découlant de limmigration.
2- Immigration, structure par âge et vieillissement
Pour savoir comment une immigration soutenue modifie les taux
démographiques et la structure d'âge dans un pays à faible fécondité, Schmertmann
(1992) utilise le modèle de Espenshade (1982). Dans ce modèle, on suppose que les seules
sources de mouvement démographique dans le pays sont les naissances, les immigrations et
les décès; et que : (1)- le pays a des taux spécifiques de mortalité par âge
constants; (2)- le pays reçoit chaque année des courants constants d'immigrants; avec
une distribution inchangée des âges à l'entrée; (3)- la fécondité est suffisamment
basse pour garantir un faible nombre total de descendants attendus de chaque immigrante
(ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants...). Cette troisième hypothèse
lui permet en fait de délaisser l'effet de la fécon! dité induite par l'immigration
pour se focaliser uniquement sur les flux dimmigrants et leur structure d'âge à
l'entrée.
Schmertmann (1992) subdivise la population totale en deux sous-groupes
: les natifs et les étrangers. Il montre qu'à long terme, chacune des deux
sous-populations devient stationnaire respectivement sous l'effet d'une fécondité
constante quoique faible et sous l'effet d'un flux annuel constant d'immigrants. Pour les
distributions d'âges les plus plausibles à l'entrée, la sous-population des résidents
étrangers est bien plus grande et plus vieille que chaque flux annuel d'immigrants. La
population stationnaire totale qui résulte de la combinaison de ces deux sous-populations
est nécessairement plus vieille. En fait pour les immigrants, l'entrée dans la
population se fait en moyenne à un âge plus avancé que pour les natifs qui y entrent
seulement par les naissances. Ainsi, les immigrants relativement plus vieux tendent à
générer des popul! ations de survivants étrangers plus vieilles. À leur tour, ces
survivants étrangers plus vieux, contribueront moins aux naissances proprement dites, en
supposant toutes autres choses égales par ailleurs. Lorsque ces descendants adoptent le
niveau de fécondité du pays hôte dès la première génération, il en résulte une
population plus vieille, même si le niveau de fécondité des immigrants est plus élevé
à leur entrée.
En conclusion, lorsque l'on vise à rajeunir la population, les
immigrants sont alors un substitut imparfait pour les bébés. Néanmoins, ils contribuent
à arrêter, au moins momentanément, la décroissance prévisible des effectifs de cette
population. Par ailleurs, pour tester la sensibilité des populations stationnaires par
immigration à la structure des entrées d'immigrants, Schmertmann (1992) utilise deux
séries d'hypothèses sur la fécondité et la distribution d'âge des entrées.
a- Dans la première série d'hypothèses, la fécondité des
immigrants est supposée soit identique, soit le double de celle des natifs qui, elle,
suit un schéma faible ou très faible :
1°- Le schéma de fécondité des États-Unis en 1987 avec un indice
synthétique de fécondité de 1,87, c'est-à-dire faible mais proche du niveau de
remplacement de 2,1 enfants par femme.
2°- Le schéma de fécondité de l'Allemagne de l'Ouest en 1983 avec
un indice synthétique de fécondité de 1,29, c'est-à-dire relativement très faible.
b- Pour la deuxième série d'hypothèses, les distributions d'âge des
immigrants à l'entrée sont tirées du modèle proposé par les Nations Unies (1989),
comme suit :
1°- Enfants nombreux, adultes jeunes (âge médian = 25,6 ans)
2°- Enfants peu nombreux, adultes jeunes (âge médian = 26,9 ans)
3°- Enfants nombreux, adultes plus âgés (âge médian = 32,7 ans)
4°- Enfants peu nombreux, adultes plus âgés (âge médian = 35,4
ans).
Il aboutit parfois à des situations hybrides où la structure d'âges
qui résulte des populations stationnaires par immigration peut n'être ni plus jeune ni
plus vieille. Il s'agit d'un effet simultané de vieillissement de la partie la plus jeune
et de rajeunissement de la partie la plus vieille de la population. C'est le cas lorsqu'on
combine les hypothèses a-2 et b-4. Par ailleurs, lorsque le rajeunissement simultané de
la partie la plus vieille est exceptionnellement plus important que le vieillissement de
la partie la plus jeune, une population stationnaire par immigration pourrait
éventuellement rajeunir la structure de la population totale. Dans ce cas, Schmertmann
(1992) souligne qu'une politique d'immigration pourrait être intéressante pour réduire
le rapport de dépendance des personnes âgées.
3- Immigration et croissance de la population
Au cours d'une période donnée, l'entrée des immigrants conduit
à un accroissement direct de la population d'accueil. Mais la sortie des nationaux et des
immigrants par décès ou par émigration, réduit cet accroissement. Notons
que l'ensemble des immigrants déjà établis participent de manière indirecte à cette
croissance de la population d'accueil, puisque les naissances de ces immigrants forment
une partie du nombre total de naissances observées dans le pays. Cette contribution
indirecte est parfois très importante, mais seules des études spécifiques comme celle
de Tribalat (1991) permettent de la mettre en évidence.
L'impact direct de l'immigration (plus précisément de la migration
nette) sur la croissance démographique peut être mesuré de trois façons
différentes : par la méthode de la différence, par les calculs rétrospectifs ou
par les projections. La méthode de la différence a été utilisée par Beaujot (1995).
En suivant les estimations des arrivées et des départs entre 1901 et 1991 pour le
Canada, il trouve (en millions de personnes) une immigration totale de 10,6 et une
émigration de 5,7. La différence de 4,9 représente 21,6% de l'accroissement de cette
période.
Pour les calculs rétrospectifs, il faut appliquer à la population de
départ les taux de natalité et de mortalité des nationaux au cours de la période. Cela
fournit une estimation de la population sans migration à la fin de la période que l'on
compare avec la population réellement observée pour en déduire la migration nette.
Cette technique a été appliquée au Canada par Le Bras (1988:9) et par Duchesne (1993),
cités par Beaujot (1995). La technique des projections de population aboutit à des
résultats analogues, hormis le fait qu'elle s'applique pour une période future. Cette
technique implique des hypothèses sur un volume donné d'immigrants, ainsi que leur
structure à l'entrée. Ledent (1993), par exemple, a utilisé cette technique pour le
Québec.
4- Immigration et concentration géographique ou ethnique
La répartition géographique des immigrants se fait en général
au profit de certains centres urbains. C'est ainsi que l'immigration internationale au
Canada se répartit essentiellement entre les trois plus importantes villes du pays que
sont à l'heure actuelle : Toronto, Montréal et Vancouver. Parfois la concentration des
immigrants appartenant au même (groupe de) pays d'origine peut favoriser l'émergence de
certaines ethnies minoritaires, en particulier pour le groupe des immigrants venus depuis
les années 1970 et originaires d'Asie, d'Amérique latine ou d'Afrique (voir plus loin :
2.2.2).
Pour le Royaume Uni et les autres pays européens, Coleman (1995:183)
souligne que "la concentration géographique des populations immigrantes, qui devient
plus évidente avec des niveaux d'analyses plus petits, fait ressortir l'impact
socio-économique de leur présence". Pour lui, "les populations immigrantes qui
peuvent sembler relativement mineures en termes de proportions nationales peuvent être
localement prépondérantes. Ce qui accroît leur visibilité aux yeux des populations
natives, amplifie leur pouvoir politique, et facilite l'établissement des colonies
d'immigrants capables de reproduire plusieurs aspects sociaux de la vie d'immigrants. Cela
peut permettre aux immigrants de maintenir à distance la société d'accueil et ses
influences, et retarder ainsi la vitesse d'assimilation" (notre traduction).
Ainsi dans certaines zones de concentration immigrante à Londres,
certaines écoles ont 90% de leurs effectifs qui sont d'origine immigrante. Par ailleurs,
selon OPCS (1993) cité par Coleman (1995:184), 40% des naissances dans certaines de ces
municipalités de Londres sont de mères immigrées. En se référant à Salt et Clout
(1976), O'Laughlin (1985), Robinson (1986), NSCGP (1990), il ajoute qu'à travers
l'Europe, la plupart des immigrants ont occupé et sont restés dans de grandes zones
urbaines où il y avait une demande de travailleurs relativement non qualifiés et à bas
salaires. En Europe, on peut par ailleurs observer des concentrations dans certaines
usines spécifiques du fait que la majorité des travailleurs étaient recrutés pour des
emplois spécifiques ou des industries particulières sur la base de contrats &a!
grave; court terme avec 80% de travailleurs manuels. C'était le cas de l'Allemagne en
1973 où il y avait 36% de travailleurs immigrants dans l'industrie métallique. On peut
donc s'attendre qu'en Amérique du Nord et surtout au Canada, l'importance économique de
certaines villes comme Montréal ou Toronto, donne lieu à la concentration d'une
catégorie particulière de population immigrante peu qualifiée et à bas salaires.
1.1.3 - Conclusion
L'immigration internationale a un impact démographique direct à très
court terme et un impact indirect à moyen et long termes sur la population. L'impact
direct se traduit par l'entrée des immigrants, mais leur sortie par émigration peut
atténuer cet effet direct, de sorte qu'il faut considérer l'immigration résiduelle,
c'est-à-dire les immigrants survivants dans le pays daccueil à la fin de la
période. L'impact indirect se traduit par leur contribution aux naissances. Celle-ci a
beaucoup augmenté parce que la structure "ethnique" par pays d'origine des
immigrants a profondément changé en faveur des pays du tiers monde, connus pour leur
plus haute fécondité.
En ce qui concerne la structure d'âge, une fécondité constante
combinée avec un flux annuel constant d'immigrants, conduit à une population
"stationnaire par immigration" plus vieille que celle connue à partir d'une
fécondité constante. Le degré de vieillissement dépend de la structure d'âge des
entrées. Mais, l'analyse de Schmertmann (1992) qui fournit cette conclusion, néglige
l'effet de la fécondité différentielle des immigrants.
Enfin, les immigrants se concentrent dans les principaux centres
urbains du pays hôte. C'est le cas de Toronto, Montréal et Vancouver pour le Canada, où
l'émergence de puissantes minorités visibles est également soulignée.
1.2 - IMMIGRATION ET ÉCONOMIE
La littérature disponible rend compte des relations entre immigration
et économie d'abord à travers la décision de migrer, ensuite par les modèles de
croissance économique prenant en compte l'immigration, et enfin par certains modèles
d'équilibre général calculable. Cependant, les différents auteurs sont unanimes sur le
fait que chacun des modèles n'apporte qu'un éclairage particulier sur la réalité
souvent très complexe de l'impact économique de l'immigration.
1.2.1 - La décision de migrer
L'une des principales explications de la décision de migrer des
individus est fournie par la théorie néoclassique. En sinspirant essentiellement
de Borjas (1989), les deux sous-sections suivantes présentent cette théorie à travers
la notion de marché d'immigration et le modèle d'immigration à deux pays. Mais il
existe d'autres explications parmi lesquelles on peut citer la théorie du
"push-pull", les théories structurelles et la théorie des systèmes mondiaux.
1 - Notion de marché de l'immigration
Les principes néoclassiques de la maximisation de l'utilité des
individus et celle du profit des employeurs constituent le fondement des modèles récents
1 . Par ailleurs, la question de la mobilité du facteur
travail est une partie intégrante de la théorie du commerce international. Malgré le
fait que le modèle standard de Hecksher-Ohlin-Samuelson suppose une absence de migration
internationale de la main-duvre, les deux principaux théorèmes de cette
théorie sont pertinents pour l'étude des migrations. Il s'agit d'abord du théorème de
Hecksher-Ohlin selon lequel un pays exporte des biens incorporant une plus grande part du
facteur de production dont il dispose en abondance relative. Il y a enfin le théorème
d'égalisation des prix des facteurs (taux de salaire ou de profit) grâce au libre
&eacut! e;change des biens entres pays. À partir de ce deuxième théorème, on
s'aperçoit que le commerce international des biens s'apparente à (est un substitut de)
celui de la main-duvre, puisqu'il assure tout autant cette égalisation des
prix entre pays. Les développements récents mettront de côté l'aspect commerce
international de la main-duvre pour s'intéresser aux flux migratoires tout en
gardant pour l'essentiel le fait qu'il existe un "marché d'immigration".
| 1 La théorie du capital humain, la théorie
de l'exode des cerveaux ou celles qui supposent que les immigrants occupent les emplois
que les natifs refusent d'accepter sont jugées trop spécifiques pour être cohérentes
entre elles (Borjas, 1989:458). |
La répartition des immigrants sur ce marché n'est pas le fruit du
hasard. En effet avec leurs différentes réglementations de l'immigration, certains pays
d'accueil peuvent être plus attrayants que d'autres pour certaines catégories de
personnes, tout comme il peut être plus difficile de sortir d'un pays où l'émigration
est réglementée. On suppose que les individus recherchent le pays de résidence qui
maximise leur bien-être. Ils évaluent les différentes alternatives et choisissent
l'option qui leur procure le plus de satisfaction sous la contrainte de leurs ressources
humaines et financières, et des règles d'émigration dans le pays de départ ou
d'immigration dans le pays d'accueil. Ils décident alors de migrer ou de rester.
De manière analogue pour l'emploi, les individus évaluent les offres
d'emploi que leur proposent les entreprises (ou les pays) en concurrence, et se
répartissent de manière non aléatoire (en connaissance de cause) à travers les emplois
(ou les pays) disponibles. Il est donc clair que par leurs politiques d'immigration ou
leurs règles d'émigration respectives, le pays de départ autant que le pays hôte
peuvent influencer largement la taille et la composition des flux d'immigration. De la
même manière, les changements dans les niveaux d'activité économique des différents
pays en compétition vont modifier la nature de l'offre faite par eux aux migrants
potentiels. En conséquence, ces changements auront également une influence majeure sur
la taille et la composition des flux d'immigrants. À notre avis, ces éléments tradu!
isent les conditions théoriques du marché de l'immigration "en concurrence pure et
parfaite". En pratique cependant, ces conditions ne sont pas toujours aussi claires
et aussi nettes.
2 - Modèle d'immigration à deux pays
Ce modèle proposé par Borjas (1989) est très simple. Il comporte
deux fonctions de salaire des résidents du pays d'origine (1) ou du pays d'accueil (2),
et une troisième fonction index (3) déduite des deux premières qui s'expriment par les
relations suivantes :
logw0 = Xd0 + e0 (1)
logw1 = Xd1 + e1 (2)
I = log[w1/(w0+C)] »
[X(d1-d0) - p] + (e1-e0) (3)
Dans ces trois relations, X représente les caractéristiques
démographiques observables (âge, éducation,...), d0 (d1) les taux
de rémunération de ces caractéristiques (X) dans le pays de départ (pays d'accueil), w0
(w1) les salaires des individus du pays d'origine (pays d'accueil), e0
(e1) le vecteur des caractéristiques non observables des individus dans chaque
pays. On suppose que e0 (e1) a une distribution normale de moyenne
nulle et de variance s02(s12). Par ailleurs, e0
(e1) est indépendant de X, mais e0 et e1 sont corrélés
entre eux avec r pour coefficient de corrélation. C représente le coût de la mobilité
entre le pays d'origine et celui d'accueil, et p = C/w! 0 est une mesure de
"l'équivalent temporel" des coûts de la migration.
Techniquement, w0 et w1 peuvent être définis en
termes de la valeur actuelle des profils de salaire d'un individu dans chacun des pays de
résidence potentiels et non pas uniquement les salaires en une quelconque année donnée.
En effet, c'est la comparaison des "revenus permanents" de ces pays de
résidence potentielle qui détermine le comportement migratoire. Par ailleurs, les
coefficients d0 et d1 représentent les taux de rémunération de
chaque caractéristique X dans chaque pays (exemple le taux de rémunération d'une année
additionnelle d'éducation). Xd0 (et Xd1) est le salaire moyen
espéré par une personne ayant les caractéristiques X et choisie par hasard dans chaque
pays. On sait que par construction, cette personne a une moyenne nulle pour les
caractéristiques! non observables.
L'hypothèse fondamentale est que la migration est guidée par la
comparaison des revenus à travers les pays, et que la maximisation du revenu est une
condition nécessaire mais non suffisante pour la maximisation de l'utilité. En effet,
d'autres critères moins visibles sont parfois pris en compte pour décider de migrer :
c'est le cas du climat, de la culture, de la criminalité ou autres. Non seulement cette
condition nécessaire permet une caractérisation testable de la répartition optimale des
migrants entre pays, mais encore ce cadre théorique permet de répondre aux questions
touchant à la taille des flux migratoires et à la sélection des migrants.
- Taille des flux migratoires
Elle est fonction des revenus moyens du pays de départ et du pays
d'accueil (w0 et w1), des coûts de la migration (C) et du rapport
entre les caractéristiques démographiques observables des migrants (d1/d0).
Ainsi, du point de vue du pays de départ et pour les individus ayant les mêmes
caractéristiques X, on aura les niveaux de taux d'émigration suivants : 1) plus élevés
si les salaires moyens sont plus forts dans le pays d'accueil (w1>w0)
; 2) plus faibles si les salaires moyens sont plus faibles dans le pays d'accueil (w1<w0)
; 3) plus faibles si les coûts de la migration sont de plus en plus élevés (C® +8 ) ; 4) plus élevés si les
taux de rému! nération des caractéristiques démographiques observables (X) sont plus
forts dans le pays d'accueil (d1>d0).
- Sélection des caractéristiques démographiques observables
Pour évaluer cette sélection, on détermine lequel des deux pays de
départ ou d'accueil valorise mieux chacune des caractéristiques du migrant potentiel. À
partir de l'équation (3) du modèle, on sait que les individus migrent lorsque I>0.
Pour des raisons d'ordre pédagogique (simplicité et clarté du modèle), Borjas (1989)
réduit ces caractéristiques au seul facteur éducation. Selon lui, on peut facilement
généraliser, mais le modèle devient alors inutilement très complexe. Il déduit de
cette inéquation la moyenne conditionnelle du niveau d'éducation des personnes qui
décident de migrer : E(X|I>0) = mX + k(d1-d0)
(équation (6) p.466). Dans cette relation, mX représente le niveau moyen
d'éducation au sein de la population du p! ays d'origine et k(d1-d0)
le biais de sélection dû au fait que les migrants ne sont pas des personnes choisies au
hasard dans la population.
1°- Si (d1-d0)>0, c'est-à-dire si le marché
d'emploi du pays hôte paye au prix fort le facteur éducation par rapport à celui du
pays de départ, alors les flux d'immigrants se composent d'un nombre proportionnellement
plus élevé de personnes hautement éduquées. En considérant le niveau
déducation, l'auteur parle de sélection positive du flux de migrants.
2°- Si par contre (d1-d0)<0, c'est-à-dire si
le pays hôte paye au moindre prix le facteur éducation, tandis que le pays de départ le
paye cher, alors les flux d'immigrants se composent d'un nombre proportionnellement plus
élevé de personnes peu éduquées. Il s'agit dans ce cas d'une sélection négative du
flux de migrants. Ainsi l'auteur fait une analogie entre les flux internationaux de la
main-duvre et ceux des biens qu'implique la théorie du commerce
international. "Workers, like goods, flow to the country that is willing to pay
the most for them" (Borjas 1989:466).
- Sélection des caractéristiques non observables
L'importance de ces caractéristiques relève du fait qu'elles ont un
pouvoir explicatif au moins deux fois plus fort que les caractéristiques observables,
car celles-ci rendent compte de moins de 20% à 30% de la variance des salaires entre
individus (Borjas 1989:467). Étant donné les mêmes caractéristiques démographiques
observables (X), et par des calculs analogues à ceux décrits ci-dessus, l'auteur aboutit
à trois cas de sélection des caractéristiques non observables, mais qui n'ont rien de
commun avec la première série de sélections. Dans le cas précédent, ces
caractéristiques dépendent des paramètres qui servent à mesurer les prix qui leur sont
attachés sur le marché d'emploi du pays considéré. Dans ce cas, elles dépendent
entièrement du degré! d'inégalité du revenu et de la corrélation entre salaires dans
les deux pays. Il est donc nécessaire de standardiser les moyennes des salaires entre ces
pays pour pouvoir en faire des comparaisons.
Sélection positive : il y a sélection positive lorsque les
migrants ont des aptitudes au-dessus de la moyenne, tant dans le pays d'origine que dans
le pays d'accueil. Le pays d'origine "pénalise" les travailleurs de haute
aptitude, mais "récompense" ceux de faible aptitude. Cette sélection positive
est favorisée par la faible dispersion des salaires dans le pays de départ et leur plus
grande dispersion dans celui d'arrivée. Elle correspond à une "fuite des
cerveaux".
Sélection négative : à l'inverse de la sélection positive,
ce sont les personnes ayant les plus bas salaires dans le pays de départ qui émigrent.
Le pays hôte "pénalise" les travailleurs à hauts salaires plus que ne le fait
le pays de départ, de sorte que ces travailleurs n'ont aucune motivation à émigrer.
Mais il offre des assurances pour ceux de bas salaires qui sont alors attirés et qui y
migrent pour améliorer leurs conditions sociales ou professionnelles.
Sélection des réfugiés : il y a sélection des réfugiés
lorsque le coefficient de corrélation des salaires entre les deux pays est négatif ou
faible. Les qualifications sont pénalisées dans le pays de départ (à cause du système
politique ou social par exemple) mais sont bien rétribuées dans le pays d'accueil.
L'immigrant passe d'une queue de la distribution des salaires dans le pays de départ à
l'autre queue dans le pays d'accueil.
3 - Autres explications
Massey et al. (1993) et Borowski et al. (1994) présentent
dautres explications de la décision de migrer. Celles-ci ne remettent pas
fondamentalement en cause la théorie néoclassique relatée ci-dessus, mais élargissent
le cadre de la prise de décision "rationnelle" et des contraintes attachées à
la recherche de la maximisation de l'utilité par les migrants. C'est le cas de la
"théorie de répulsion-attraction" (push-pull theory), des théories
structurelles et de la théorie des systèmes mondiaux.
- Théorie de "répulsion-attraction" (push-pull theory)
Selon Borowski et al. (1994), cette théorie remonte à Lee (1966) et
table sur l'inégalité générale et les différences dans les opportunités de migrer
qui peuvent se présenter à chaque individu. "La théorie push-pull représente une
des explications traditionnelles du mouvement volontaire de population
dune localité à lautre, normalement dans le but dun établissement
permanent. [...] Cette théorie est centrée sur le fait que les gens migrent en
réponse à une combinaison de facteurs d'attraction et de répulsion sur le plan social,
politique et économique. [...] Ainsi, la migration est perçue comme le résultat de
décisions des acteurs individuels qui, dans la poursuite des objectifs économiques de
mobilité sociale ou de réunification familiale, engagent des calculs r! ationnels de
coût et bénéfice. Ces calculs personnels les amènent à quitter les pays aux
conditions socio-économiques souvent faibles ou non sécurisantes et à migrer vers les
pays d immigration plus stables et plus riches " (notre traduction).
Deux limites sont relevées à cette théorie. D'abord son incapacité
à expliquer certains aspects tels que les mouvements entre pays également
"pauvres", la différence dans les flux d'émigrants selon les sous-régions
dun même pays, l'intensité des flux entre les pays développés, et la persistance
des flux de migrants même lorsque les facteurs d'attraction de base perdent leur acuité.
Il y a ensuite sa capacité limitée à prédire les origines et les changements dans les
flux de migrants.
- Théories structurelles
En suivant Borowski et al. (1994) qui se réfèrent à Papademetriou
(1988:237), "les mouvements internationaux de population sont une composante
durable du paysage économique social et politique mondial" (notre traduction).
Pour eux, les théories selon lesquelles la migration découle du processus international
d'accumulation du capital ou des contacts économiques et politiques ou encore des
pouvoirs asymétriques entre pays dorigine et pays hôte, comprennent une notion de
liens entre les deux catégories de pays. En citant Boyd (1989), ils considèrent que
"ces théories perçoivent la migration comme structurellement déterminée :
cest-à-dire, découlant des systèmes de migration dans lesquels les pays sont
reliés par des flux (comme ceux que facilitent les relations sociales) et des contre-flux
de population, ainsi que des relation! s économiques et politiques entre pays"
(notre traduction). Les relations sociales qui facilitent les migrations font également
partie de ces liens, car ces relations contribuent à faire baisser les coûts de voyage,
d'information et de recherche de travail ainsi que les coûts d'opportunité lors de la
recherche de travail ou les coûts de déménagement.
Ils ajoutent que "les structures générant la migration
internationale incluent par exemple les interrelations entre économies et sociétés des
anciennes puissances de colonisation et leurs anciennes colonies, le commerce et le
tourisme internationaux, les études à l'étranger et les pratiques des affaires au plan
international. Celles-ci peuvent inclure le mouvement du capital vers les pays moins
développés par les sociétés multinationales à la recherche des avantages de la
main-duvre bon marché" (traduit de Borowski et al. 1994:47). Par
ailleurs, on peut noter également le rôle d"intermédiaire" que jouent
parfois les agences de recrutement transnational de travailleurs. Cest surtout le
cas pour la main-duvre très (ou peu) qualifiée dans les pays européens.
- La théorie des systèmes mondiaux
Selon Massey et al. (1993:444), "la pénétration des relations
économiques capitalistes dans les sociétés non capitalistes périphériques crée une
population mobile prédisposée à migrer à l'étranger" (notre traduction). La
structure de marché mondial qui résulte de cette pénétration sest développée
et répandue depuis le XVIe siècle. La mise en place de cette structure commence avec
lexportation des firmes multinationales qui, pour accroître leurs profits, gagnent
de nouvelles terres riches en matières premières et en main-duvre abondante
et bon marché. Les moyens de transport et de communication se développent comme un
complément nécessaire à cette nouvelle structure, et ces moyens réduisent à leur tour
les coûts de la migration. Il s&ea! cute;tablit une "globalisation de
léconomie" qui est gérée à partir dun petit nombre de très grandes
villes qui fonctionnent aussi pour une bonne part grâce à la main-duvre en
provenance de létranger.
L'une des hypothèses à la base de cette théorie précise que
"la migration internationale a finalement peu à voir avec les taux de salaire ou la
hiérarchie demploi entre les pays ; elle suit les dynamiques de création de
marché ainsi que la structure de l'économie globale" (traduit de Massey et al.
1993:448). En conséquence, cette migration devient progressivement indépendante des
facteurs qui en étaient à l'origine, fussent-ils structurels ou individuels. De plus,
puisque l'expansion des relations et le développement des moyens de communication
réduisent les risques liés à la migration, le flux devient moins sélectif en termes
socio-économiques et plus représentatif de la société ou de la communauté du pays de
départ.
En conclusion, la théorie néoclassique propose une explication
générale et robuste, qui donne lieu à un modèle empirique simple et largement
utilisé. Mais avec Massey et al. (1993:454-455) on retiendra que "dans la mesure où
les théories proposées pour expliquer les origines et la persistance de la migration
internationale supposent des mécanismes causaux à différents niveaux
dagrégation, les différentes explications ne sont pas nécessairement
contradictoires, sauf si l'on adopte la position rigide à savoir que les causes doivent
opérer à un seul niveau. [...] Chaque modèle doit être considéré selon ses propres
termes et ses principales doctrines examinées avec soin pour en tirer des propositions
testables. Alors seulement on pourra clairement spécifier les données et les
m&eacut! e;thodes requises pour les évaluer empiriquement " (notre
traduction).
1.2.2 - Immigration et modèles de croissance économique
Il existe plusieurs modèles théoriques de croissance économique qui
peuvent prendre en compte l'immigration. Selon leur fondement théorique, Termote et al.
(1978) distinguent quatre grands types de modèles que sont : les modèles de type
"classique" (construits à partir de la théorie de l'équilibre économique
général), les modèles de type keynésien, les modèles tirés de l'analyse input-output
et les modèles de type comptable. En nous servant de leur présentation, nous
rappellerons brièvement le contenu du deuxième et du quatrième type de modèle. Par
ailleurs, il existe également une nouvelle génération de modèles de croissance datant
du début des années 1960, et dont certains prennent parfois en compte l'immigration. Il
sagit des modèles d'équil! ibre général calculable que nous passerons aussi en
revue.
1- Modèles de type keynésien
Selon Termote et al. (1978), ces modèles sont en général une
reformulation en termes régionaux du modèle de croissance nationale de Harrod-Domar.
Mais ils sont le plus souvent inopérants parce qu'ils exigent des statistiques très
détaillées pour chaque activité et pour chaque région, que ce soit sur le capital, la
consommation, le commerce interrégional et international ou la production etc. À cause
de la déficience des statistiques nécessaires, ces auteurs affirment que ces modèles
permettent très rarement l'analyse explicite de l'influence de la migration. Par
ailleurs, les modèles de ce type ne peuvent prendre en compte les économies d'échelle.
2- Modèles comptables
Grâce à des relations purement comptables (et non fonctionnelles),
ces modèles permettent de remonter aux différents facteurs qui ont contribué à la
croissance économique de longue période. Ils ne renseignent pas sur les mécanismes de
cette croissance, mais le choix des relations se fondent sur une théorie de
la croissance (Termote et al. 1978). Dans cette catégorie se classent les modèles basés
sur lanalyse structurale "shift-share analysis" et le modèle de
Denison.
L'analyse structurale-régionale : elle considère la croissance
d'un agrégat régional donné et la décompose en un effet national et structurel
(facteurs exogènes) et en un effet de dynamisme régional (facteurs régionaux). Pour
analyser l'impact de l'immigration sur la croissance de longue période, on peut se servir
par exemple dune analyse de régression multiple pour dégager les relations entre
la mesure du "dynamisme régional" et les divers facteurs régionaux de
croissance. On détermine ensuite le poids relatif de l'immigration sur chacun de ces
facteurs, pour dégager sa contribution à leffet de dynamisme régional (Termote
1978:19).
Modèle de Denison : comme dans tout modèle de type comptable,
lapproche méthodologique de Denison utilise seulement des équations
didentité (et non pas fonctionnelles). Cette approche consiste à "décomposer
la croissance totale entre les divers facteurs de la croissance (facteur capital, facteur
travail, etc.) qui lont générée, la part de chacun de ces facteurs étant obtenue
à partir d'une simple relation comptable. [...] On calcule ensuite, selon une simple
règle de proportionnalité, la part de limmigration dans chacun de ces
facteurs " (Termote et al. 1978:19). Cest donc un modèle simple et très
pratique, même sil na pas été conçu comme tel pour lanalyse de
limpact économique des migrations.
3 - Modèles d'équilibre général calculable
a- Définition et fondements
La présentation qui suit s'inspire essentiellement de Schubert (1993).
L'étude de la politique économique aborde différentes questions touchant aux problèmes
sectoriels (ex. : énergie, pêche, agriculture), aux problèmes de commerce international
(libre échange), à la fiscalité ou aux finances publiques, à l'environnement, aux
problèmes de développement, etc. Mais la modélisation macro-économétrique
traditionnelle ne suffit plus pour traiter convenablement l'ensemble de ces questions.
Ainsi, pour répondre à ce manque, d'autres modèles ont été développés depuis le
milieu des années 1970. Il s'agit des modèles d'équilibre général calculable (MEGC).
Bien que très différents les uns des autres, ces modèles ont les deux principales
caracté! ;ristiques communes suivantes :
"- tout d'abord ce sont des modèles d'équilibre général
qui décrivent l'ensemble de l'économie et dans lesquels prix relatifs et quantités sont
déterminés de manière endogène. Ils décrivent généralement le comportement des
agents de programmes micro-économiques d'optimisation. Ils suivent souvent - mais pas
toujours, [...] - la tradition walrassienne : des prix parfaitement flexibles assurent
l'équilibre sur tous les marchés. Ils permettent d'étudier l'allocation des ressources
et la répartition qui découlent du système des prix, dans un cadre cohérent et
complètement bouclé ;
- ensuite, ce sont des modèles calculables ou appliqués,
destinés à permettre une analyse quantitative de certains problèmes de politique
économique. La résolution numérique qu'ils autorisent prend tout son intérêt quand la
résolution analytique est difficile ou impossible à obtenir, mais aussi car elle fournit
une mesure des effets des politiques étudiées. " (Schubert 1993:778).
Les fondements de cette modélisation EGC remontent au début des
années 1960. En effet par sa thèse de doctorat intitulé "A Multisectoral Model
of Economic Growth", Johansen (1960) étudie les aspects sectoriels du processus
de croissance en Norvège et donne naissance plus tard aux modèles qu'on nommera par la
suite MSG. C'est un modèle d'économie fermée, entièrement déterministe, et dont la
valeur des paramètres est obtenue par la méthode dite de calibrage. Il s'écarte du
modèle walrassien et comporte le choix d'une règle de bouclage soit à la Johansen
(consommation privée), soit keynésien (chômage), soit kaldorien (sans la productivité
marginale du travail et du salaire réel) ou encore classique (ajustement par les taux
d'intérêt). Les MSG continuent d'être appliqu&eac! ute;s en Norvège, en Suède et
en Australie pour la prise de décision politique. Mais d'autres extensions concernent les
modèles scandinaves (sur l'énergie) et le modèle ORANI de l'Université de Melbourne en
Australie.
b- Développements récents
Les modèles HSSW relèvent des contributions de Harberger (1962) de
Scarf (1967) et de Shoven et Whalley (1973), et servent à étudier les questions
fiscales, de commerce international et d'environnement (effets économiques de la
réduction des émissions de dioxyde de carbone). Tout comme les MSG, ils sont chiffrés
par une méthode de calibrage mais trois principaux points les en différencient. D'abord,
ils incorporent plusieurs types de ménages avec leurs contraintes budgétaires
respectives. Ensuite, ils procèdent de la tradition de l'économie de bien-être et non
de la littérature sur la planification économique et l'analyse input-output.
Enfin, ils sont basés strictement sur la théorie walrassienne et excluent la concurrence
imparfaite, la monnaie, la mobilité imparfaite des facteurs, les possibilités de ratio!
nnement quantitatifs et l'incertitude (que prennent en compte les MSG). Pour la structure
commune à ces modèles avec ou sans fiscalité, on peut voir Schubert (1993:782-785,
encadré 1). Les modèles HSSW ont deux principaux atouts. Les analyses en termes de
bien-être sont rendues possibles par l'introduction explicite des comportement
micro-économiques des agents et par l'étude des interactions entre politique publique et
comportements individuels. Mais ils comportent également deux faiblesses : leur
caractère statique et l'irréalisme des hypothèses de concurrence pure et parfaite et
d'absence d'incertitude.
Les MEGC pour les pays en développement ont été aussi élaborés
grâce essentiellement aux chercheurs de la Banque mondiale avec Adelman et Robinson
(1978) qui intègrent l'inflation et les rigidités sur les marchés des produits et du
travail. Mais il y a aussi les travaux des structuralistes tels que Taylor (1990),
Devarajan (1988), Delacuwé et Martens (1988, 1989).
Jorgenson et ses coauteurs ont développé à leur tour l'approche
économétrique. Cette approche permet notamment de déduire les fonctions de demande
agrégées ou de définir des fonctions d'utilité indirecte et de dépenses individuelles
pouvant être exactement agrégées (Jorgenson, Lau et Stoker 1982). Il peut aussi
permettre de déterminer les taux de progrès technique de manière endogène (Jorgenson
et Wilcoxen (1990). Mais comme tout modèle économétrique, cette approche comporte le
lourd handicap de la masse de données détaillées nécessaires pour son application.
L'approche de Ginsburgh et Waelbroeck et de Manne a été d'une méthodologie en avance
sur les modèles HSSW, car il permet la modélisation des comportements dynamiques. Il se
ramène à u! n problème de maximisation de l'utilité du consommateur sous contraintes
linéaires de la consommation et de la production (Ginsburgh et Waelbroeck (1981, 1984).
Il y a également Manne (1978) qui s'intéresse à la politique énergétique, Manne
(1983) à la politique commerciale et Manne et Richels (1992) à l'environnement.
Cependant, le caractère linéaire de la spécification de la fonction d'utilité rend
cette approche très limitée.
La nécessité des modèles dynamiques par rapport à ceux qui sont
statiques se présente lorsqu'on suppose que les effets de court et de long termes ne
coïncident plus. Ils le sont également pour décrire les comportements d'épargne et de
consommation des ménages ou pour prendre en compte le rôle moteur des échanges
internationaux sur la croissance des économies. On distingue cinq principales sources
possibles de dynamique, respectivement au niveau des comportements des ménages ou des
entreprises, au niveau de l'État, des marchés financiers et des anticipations (voir
Schubert 1993:793-798). Mais c'est surtout l'endogénéisation des rigidités qui
est véritablement à l'origine de l'amélioration des MEGC. C'est par exemple le cas de
l'introduction explicite de divers modes de formation des salaires dans le mod&!
egrave;le. Dans les développements plus récents, ces rigidités sont dérivées des
comportements micro-économiques optimisateurs explicites. Il en est de même des lois
permettant de passer de la rigidité à court terme à la flexibilité à long terme.
Ainsi avec MacKibbin et Sachs (1991), le bouclage macro-économique permet de traiter de
façon endogène les flux de capitaux intérieurs et entre les pays, et de modéliser les
taux de change.
c- Techniques de modélisation
La construction des MEGC se fait à travers les trois principales
étapes que sont la spécification du modèle en fonction de l'usage auquel il est
destiné, le calibrage grâce auquel le modèle théorique prend une forme appliquée, et
enfin le choix de la méthode de résolution.
- Spécification : pour spécifier le modèle, il faut choisir
d'abord la forme de chaque fonction d'utilité ou de production, et ensuite le niveau de
désagrégation. Les formes des fonctions doivent être compatibles avec l'approche
théorique, rendre compte au mieux des paramètres à introduire et rester maniables sur
le plan analytique. Ainsi, les fonctions d'utilité déboucheront sur des fonctions de
demande non négatives, continues et homogènes de degré zéro (par rapport au prix).
Souvent, on retient les fonctions dont les rendements d'échelle sont constants : en
l'occurrence les fonctions Cobb-Douglas, CES, LES (Linear Expenditure System),
CRESH (Constant Ratios of Elasticities of Substitution, Homothetic), translog.
Quant au choix du niveau de désagrégation, il est délicat et doit ménager le sou! hait
du maximum de détail avec celui de lisibilité des mécanismes centraux, mais aussi la
disponibilité des données. On peut opter pour une désagrégation flexible avec une
structure de base au sein de laquelle s'appliquent des désagrégations plus ou moins
détaillées en fonction des besoins. Les modèles dynamiques requièrent souvent un
niveau de désagrégation plus élevé.
- Calibrage : le calibrage a pour but de chiffrer le modèle.
Pour ce faire, on adopte souvent la méthode déterministe (ou étalonnage).
Celle-ci comporte trois étapes : la banque de données, l'étalonnage et l'équilibre
économique. Dans la première étape, on construit, souvent à partir de l'observation
d'une année de base, la matrice de comptabilité sociale. Celle-ci comporte trois comptes
principaux : le compte "institutions" (ménages, entreprises et État), le
compte de "production" scindé en compte "facteurs de production",
"branches" et "biens", enfin le compte "reste du monde" qui
représente la balance des paiements. L'étalonnage consiste à déterminer les valeurs
des paramètres cohérentes avec la matrice des données. Il s'agit de résoudre le
modèle "à l'env! ers" pour retrouver les données initiales. Dans la pratique,
on impose la valeur de certains paramètres en fonction desquels sont calculés les
autres. L'équilibre économique est obtenu par le choix des élasticités. On utilise
couramment l'élasticité de substitution du capital au travail ou les élasticités prix
des volumes de commerce extérieur.
- Résolution des MEGC : deux techniques sont utilisées
(Schubert, 1993:810-817). La première permet, à l'aide de logiciels généraux faits
d'algorithmes bien connus, de résoudre les MEGC directement comme des problèmes de
maximisation sous contraintes, les conditions du premier ordre étant sous forme
implicite. Cette technique est plus simple mais peu usitée. La deuxième requiert
d'écrire explicitement les formes analytiques dérivées des conditions du premier ordre
des problèmes d'optimisation des agents économiques. Pour les modèles statiques, la
stratégie de résolution peut se fonder sur l'équilibrage par le prix des facteurs.
Cette stratégie est simple et moins coûteuse mais nécessite de postuler des rendements
d'échelle constants. La stratégie de résolution peut a! ussi se fonder sur l'équilibrage
par le prix des produits. La constance des rendements d'échelle n'est pas
nécessaire. Les logiciels informatiques disponibles dans le cadre de cette deuxième
technique sont très particuliers avec des algorithmes parfois moins bien
"connus", surtout pour les modèles dynamiques à prévisions parfaites.
d- Quelques applications à l'étude des migrations
Dans la littérature parcourue, il existe très peu d'application des
MEGC aux migrations internationales. Par ailleurs, les rares cas qu'on trouve fournissent
des résultats qui ne sont pas fondamentalement différents de ceux de la littérature
"ordinaire". Ainsi Müller (1995:25) conclut-il que "l'immigration a un
effet positif mais faible sur le bien-être collectif des résidents en Suisse. Si l'on
distingue parmi ces résidents les Suisses et les étrangers, ce résultat doit cependant
être nuancé : les premiers profitent de l'arrivée de nouveaux immigrants, alors que les
seconds perdent. ... ". Il faut néanmoins souligner quelques limites relevées par
l'auteur lui-même, notamment l'exclusion de certains domaines d'analyse tels que les
effets de l'immigration sur les transferts publics et les prestations sociales, le
chômage et la dynamique, et ! par conséquent la consommation publique, les impôts
directs et l'investissement. Ces éléments conduiraient selon lui à un modèle trop
compliqué. Par contre il prend en compte les hypothèses relatives à la structure
(segmentation verticale et horizontale) du marché de travail et au commerce extérieur,
et fait une analyse de la sensibilité du modèle en fonction du rapport capital / travail
(K/L).
Weyerbrock (1995) utilise un modèle à six régions (États-Unis,
Communauté Européenne, EFTA (European Free Trade Area), l'ancienne Union
Soviétique, les autres pays Est-Européens et le Reste du Monde) 2
et 14 secteurs (agriculture, industrie et services). Il s'intéresse à l'impact à court
et à long termes de l'immigration en provenance des pays de l'Est-Européen sur le niveau
d'emploi, le revenu, le produit national brut et le commerce extérieur dans la
Communauté Européenne. Il aboutit à deux principales conclusions. D'abord, il affirme
qu'une immigration à grande échelle, même en l'absence de croissance du stock de
capital n'aboutit pas aux conditions catastrophiques du marché de travail que craignent
les citoyens de la Communauté. Ensuite, la croissance du stock de c! apital facilite la
résolution des problèmes d'ajustement que cause l'immigration sur les marchés du
travail de la Communauté. Il suggère l'adoption d'un régime de salaires flexibles qui
permettra selon lui d'accroître les bénéfices d'une immigration accrue (moyennant une
baisse de 0,5% à 1% des salaires urbains), sans compter la résorption de la baisse de la
population active et du problème de la sécurité sociale. Mais il souligne qu'à long
terme la meilleure politique de migration serait d'éliminer les disparités économiques
entre l'Est et l'Ouest.
| 2 Pour le détail des pays, voir le tableau
présenté en Annexe 1 par Weyerbrock (1995:120). |
Robinson et al. (1993) utilisent un modèle à trois pays (États-Unis,
Mexique et Reste du Monde) et 11 secteurs. Ils s'intéressent à l'impact des programmes
agricoles sur l'immigration américaine en provenance du Mexique. Le mouvement migratoire
observé a lieu en partie entre les travailleurs non qualifiés du Mexique urbain vers le
secteur urbain non qualifié aux États-Unis. La main-duvre du rural mexicain
migre aussi vers le rural américain, et une troisième partie touche la migration interne
du rural vers l'urbain au Mexique. L'un des résultats les plus importants est que la
libéralisation du commerce et le retrait des subventions à l'agriculture et aux
industries alimentaires du Mexique conduisent au déplacement de 11% de la
main-duvre du secteur rural mexicain qui doit donc migrer soit vers le secteur
rural américain, soit vers le sec! teur urbain du Mexique. À cela s'ajoute une forte
migration de l'urbain mexicain vers l'urbain américain. On observe environ 2% de baisse
des salaires réels des travailleurs américains non qualifiés (ruraux comme urbains)
contre une hausse pour leurs homologues du rural Mexicain. Les auteurs parlent d'un effet
de domino (Robinson 1993:695).
1.2.3 - Conclusion
Pour expliquer la décision de migrer des personnes (prises
individuellement ou à l'intérieur d'un ménage), il n'y a donc pas une théorie unique,
mais une multitude de théories qui tentent de rendre compte de l'évolution des
circonstances de la migration au fil du temps. Néanmoins, le concept de maximisation de
l'utilité des migrants sur lequel se fonde la théorie néoclassique, se retrouve dans
presque toutes les autres théories ou explications. La simplicité de ce concept et le
modèle testable (à deux ou plusieurs pays) auquel il donne lieu, font de cette théorie
néoclassique, l'une des plus utilisées pour expliquer la décision de migrer. Tout
compte fait, l'explication à retenir dépendra toujours des circonstances particulières
de chaque étude, lesquelles peuvent varier notamment avec le temps, le p! ays considéré
et les conditions sociales et économiques du moment.
1.3 - PROBLÈMES EMPIRIQUES
Une première série de problèmes concerne la disponibilité de
données adéquates, la diversité du contenu des concepts sur lesquels se basent ces
données, et les limites des modèles empiriques choisis. D'autres problèmes tels que les
effets d'âge, de cohorte et d'endogénéïté, peuvent parfois expliquer les écarts
observés entre les différents résultats des études sur l'impact démographique et
économique de l'immigration internationale.
1.3.1 - Les données, les définitions, les hypothèses et leurs
problèmes
- Non-disponibilité des données nécessaires
Selon Poulain (1993), le manque de données adéquates gêne en
général l'analyse de la migration et des populations migrantes. Souvent, à défaut
d'enquêtes appropriées, le chercheur utilise les données de recensement. Celles-ci sont
de loin les plus disponibles pour l'analyse des migrations, mais ne sont pas toujours
très appropriées pour certaines questions de recherche. En particulier Simon, Moore et
Sullivan (1993:301-303) soulignent, dans le cadre de leur analyse, le problème
d'adéquation des données disponibles. Ils utilisent des sources variées de données
telles que les données annuelles sur l'immigration entre 1960 et 1977, les données sur
le sous-emploi couvert par une assurance, et surtout les données annuelles sur le taux de
sous-emploi (BLS), malgré le niveau trop agrégé et les biais attach&ea! cute;s à
celles-ci. Par ailleurs, l'exemple de Weyerbrock (1995:107) montre que quatre parmi les
sept hypothèses posées pour son modèle d'analyse sont directement liées au manque de
données appropriées.
- Diversité dans la définition des concepts et dans leur contenu
La question de la définition des concepts de base que recouvrent les
données de différentes sources peut se poser, surtout lorsqu'on doit faire des
comparaisons internationales entre les niveaux du phénomène migratoire mesuré dans deux
pays ou dans deux sous-régions différentes. En Amérique du Nord, il y a une
homogénéité entre les États-Unis et le Canada dans le concept de "natif"
servant à distinguer l'"immigrant" de la population d'accueil. Il en est de
même pour lAustralie et la Nouvelle-Zélande. Mais pour les pays de l'Union
Européenne, c'est plutôt le concept de "citoyen" qui sert à cet effet. Par
ailleurs, les statistiques de la Grande-Bretagne forment un cas spécifique du point de
vue de leurs sources diversifiées et du fait que c'est le seul pays européen qui utilise
la définition des Nations! Unies de la migration internationale 3
. Si le concept de natif est invariable et sans équivoque, celui de citoyen par contre
recouvre des réalités différentes. En Europe par exemple, les étrangers forment trois
catégories différentes d'immigrants avec une accessibilité au statut de citoyen qui
peut varier en fonction du pays d'origine et même en fonction du pays d'accueil.
| 3 Selon les Nations Unies (cité de Coleman
1995:158), la "migration internationale" désigne: "one who
(irrespective of birthplace or nationality) has entered a country with the intention of
staying at least twelve months after an absence of at least twelve months"
["la personne qui, (indépendamment du lieu de naissance ou de la citoyenneté)
est entrée dans un pays donné après une absence de douze mois et plus, avec l'intention
d'y séjourner pendant au moins douze mois" (notre traduction)].
Ce concept est employé par l'Enquête sur les Passagers Internationaux (IPS) (OPCS,
1993a); une enquête à sujet volontaire, effectuée pour les départements du
gouvernement du Royaume Uni et dont les résultats sont incorporés dans les estimations
nationales et régionales de population intercensitaire et des projections de population. |
- Hypothèses conjointes à chaque modèle utilisé
Les hypothèses peuvent être relativement nombreuses et variées en
fonction du modèle choisi (cf. 1.2.2). Elles permettent, ici comme ailleurs, de
simplifier le modèle d'analyse, au risque parfois de déformer la réalité. C'est le cas
lorsqu'on considère, à l'heure actuelle, un système fermé aux échanges
interrégionaux, une fois les immigrants mis en place. Souvent, de telles d'hypothèses
permettent plutôt de contourner la non-disponibilité des données.
1.3.2 - Les effets d'âge, de cohorte et de période
- Effet d'âge : il traduit le fait que le salaire relatif des
immigrants par rapport aux natifs saméliore en fonction de leur durée de séjour.
Selon Borjas (1994:1671), les travaux de Chiswick (1978) et Carliner (1980) sont à
lorigine de la notion deffet dâge. Ces travaux "
ont analysé comment les compétences de limmigrant se sont adaptées au marché de
travail du pays hôte" (notre traduction). Pour mesurer
cette adaptation, ils utilisent le modèle transversal de régression suivant :
log wi = Xif + dAi + g0Ii
+ g1yi + ei (formule (1), p. 1671) 4
| 4 Pour des raisons de simplicité, l'auteur
se limite à ce polynôme de premier degré, mais il souligne que dans la pratique, on
peut inclure des polynômes d'ordre supérieur (âge, éducation (au carré), durée de
séjour, etc.). |
avec wi = salaire du travailleur i ; Xi = vecteur
des caractéristiques socio-économiques (éducation, région de résidence,...) ; Ai
= âge en années d'expérience ; Ii = variable dummy (immigrant ou non) ; yi
= durée de résidence aux États-Unis (=0 pour natifs) ; (f, d, g0, g1)
= coefficients respectifs de (Xi, Ai Ii. yi ).
Selon eux, le salaire relatif de l'immigrant aux États-Unis (1970)
connaît trois phases d'évolution. Dabord à son arrivée, son salaire commence à
un niveau relativement plus bas, car l'immigrant n'a pas encore acquis les aptitudes
requises dans le marché local, comme la performance linguistique. Mais ce salaire croît
plus vite parce que les immigrants constituent un groupe sélectionné dindividus
ayant une très forte motivation pour le travail. Ainsi, leur salaire atteint celui
des natifs après environ 15 ans de séjour. Ensuite, il le dépasse jusqu'à concurrence
de 11% environ. Enfin après 30 ans de séjour, son salaire décroît au même titre que
celui des natifs vers lequel il converge.
Borjas (1985) repris dans Borjas (1994) met en cause la vision
"assimilationniste" de ce modèle qui, selon lui, pèche en se basant
simplement sur une coupe transversale de population immigrante. Après lui, d'autres
auteurs abondent dans le même sens : Chiswick (1986), Duleep et al. (1992b), Lalonde et
Topel (1992), et Yuengert (1994) (voir Borjas, 1994). Selon eux, la probabilité que les
immigrants actuels atteignent le niveau de salaire des natifs est faible. Ils justifient
cette argumentation par l'effet de cohorte et l'effet de période.
- Effet de cohorte : leffet de cohorte rend compte de la baisse
de productivité entre cohortes d'immigrants successives. Cette baisse entraîne à son
tour celle des niveaux respectifs du profil de salaire en fonction de la cohorte
darrivée. À chaque cohorte successive d'immigrants correspond en fait un niveau
progressivement plus bas du profil de salaire que le modèle transversal ne peut prendre
en compte. Pour Borjas (1994), ce modèle conduit plutôt à une surestimation du niveau
réel de salaire des cohortes d'immigrants plus récentes. En considérant les niveaux de
salaire des immigrants à 20 ans, 40 ans et 60 ans respectivement pour les cohortes de
1990, 1970 et 1950, il montre que "la courbe fournie par le modèle transversal de
régression est plus raide que le profil des salaires selon lâge pour les natifs,
laissant croire une convergence e! ntre le salaire des immigrants et celui des natifs,
alors quen fait il ny en a aucune". Ainsi, "le modèle transversal
de 1990 suggère que sur une période de 20 ans (1970 à 1990), les salaires relatifs des
immigrants se sont accrus denviron 33 points de pourcentage. En fait, le salaire
relatif de la cohorte de 1965-1969 sest accru seulement de 18 points sur la période
de 20 ans, soit environ la moitié du taux de convergence du transversal "
(notre traduction de Borjas 1994:1674).
Pour lui, trois changements justifient cette baisse de productivité.
D'abord, "les effets de cohorte peuvent survenir par suite de changements de
politique d'immigration. Par exemple les amendements de 1965 qui ont réduit le rôle des
compétences dans lattribution des visas dentrée aux États-Unis,... ".
Ensuite, "les effets de cohorte peuvent également survenir par suite de changements
dans les conditions économiques ou politiques dans le pays d'origine et aux
États-Unis ". Enfin, "le changement dans la composition par pays d'origine
du flux immigrant génère des effets de cohorte si les niveaux de compétence varient à
travers les pays ou si les compétences en provenance des différents pays ne sont pas
également transférables aux États-Unis " (notre traduction). Il ajoute que
l'effet de cohorte estimé chez les immigran! ts peut être sensible à l'existence du
même effet chez les natifs. Mais cet effet de cohorte pourrait être faible chez les
natifs à cause des changements observés dans la qualité de l'éducation.
- Effet de période : l'effet de période représente les conditions
sociales et économiques du moment qui caractérisent en particulier la période
d'arrivée de l'immigrant. Il est difficile d'isoler l'effet de période de l'effet de
cohorte. Mais cet effet de période peut être mesuré par le changement, soit dans le
niveau relatif d'éducation des flux d'immigrants successifs, soit dans la composition de
ces flux selon le pays d'origine. Par exemple en ce qui concerne le changement dans le
niveau d'éducation, en 1970 aux États-Unis, 48,2% des immigrants avaient atteint le
niveau supérieur (cest-à-dire 13 ans de scolarité et plus), contre 36,9% en 1990.
Au cours de la même période, ce pourcentage est en forte augmentation pour les natifs
Américains. Il passe de 39,6% à 85,2% respectivement. Selon Lalonde et Topel (199!
2:89), cités de Borjas (1994:1680), on attribue au moins deux tiers du déclin aux
changements dans le niveau d'éducation atteint par les immigrants par rapport aux natifs.
Quant aux changements dans la composition par pays, le niveau moyen
d'éducation atteint peut varier sensiblement avec le pays d'origine des immigrants. En se
fondant sur Lalonde and Topel (1992), et sur Borjas (1992:41), Borjas (1994:1685) affirme
que "le changement dans la composition par pays d'origine explique plus de 90% du
déclin du niveau d'éducation et des salaires relatifs à travers les vagues successives
entre 1960 et 1980 ". De plus, "il semble plus probable que les
qualifications acquises dans un système d'économie avancée soient plus facilement
transférables sur le marché de l'emploi des États-Unis. Car, une forte corrélation
positive existe entre les salaires des immigrants aux États-Unis et le niveau de
développement économique dans leur pays d'origine, tel que mesuré par le produit
national brut par habitant (Guillermina Jasso et Mark ! Rosenzweig 1986)" (traduit de
Borjas 1994:1687). Notons que l'effet de période peut affecter autant le salaire des
immigrants que celui des natifs, en particulier pour les travailleurs de faible
qualification.
1.3.3 - Effets d'endogénéité et compétence de l'immigrant
L'effet d'endogénéïté traduit les liens réciproques non seulement
entre les immigrants et le choix de la localité d'accueil, mais également entre les
immigrants et les natifs au regard de leur emploi et leurs salaires respectifs. Selon
Friedberg et Hunt (1995:31), pour mesurer limpact de limmigration sur les
résultats du marché de la main-duvre des natifs, lusage des variations
transversales de la proportion des immigrants par ville ou par région se butte à deux
difficultés.
Dabord le phénomène dégalisation des prix peut
neutraliser à long terme les différences de salaire, du fait de la mobilité de la
main-duvre et du capital. Ensuite, "les immigrants, qui sont sans doute
les plus mobiles des travailleurs, iront probablement vers les régions où la loi de
loffre et de la demande demploi a engendré des salaires plus élevés. Du
fait de cette endogénéïté, un économètre naïf pourrait conclure quune forte
densité dimmigrants conduit à des salaires plus élevés. En fait, [...] les
villes à plus haute densité dimmigrants, ont aussi des revenus moyens plus
élevés. La corrélation entre ces deux variables est de 0,37" (notre
traduction).
Borjas (1994:1687) souligne par ailleurs que "le flux immigrant,
toutefois, nest pas sélectionné par hasard à partir de la population des pays
dorigine". Il sappuie sur Borjas (1987) pour affirmer que
"l'auto-sélection du flux immigrant génère une part des différences selon
lorigine nationale" (notre traduction), en particulier pour le niveau
déducation et les salaires des immigrants de sexe masculin en 1990. Selon lui, les
modèles de régression décrivant comment les travailleurs s'auto-sélectionnent à
travers les opportunités d'emploi remontent à Roy (1951). Ces modèles basés sur la
distribution des salaires des immigrants dans leur pays d'origine avant la migration et
ensuite dans le pays hôte, permettent de distinguer, comme nous lavons vu plus haut
(voir 1.2.1), trois sortes d'auto-sélection : positive, négative! et une troisième dite
des réfugiés (Borjas 1989:466, 1994:1689).
- Égalisation des salaires entre immigrants et natifs : la loi de
loffre et de la demande de main-duvre peut engendrer à court terme, des
différences de salaires par région. Mais à long terme, et sous réserve des effets de
cohorte mentionnés ci-dessus, cest essentiellement la mobilité du capital et de la
main-duvre qui assurera une telle égalisation de salaires entre immigrants et
natifs de mêmes caractéristiques. Quant à la comparaison entre différents groupes ou
ethnies dimmigrants, Borjas (1994:1683) souligne que "la convergence
intra-groupe n'est pas un phénomène intéressant si l'on cherche à identifier les
groupes de travailleurs natifs les plus susceptibles d'être fragilisés par
l'immigration, [...]. Les coûts et les bénéfices de l'immigration sont plus
étroitement liés &agrav! e; la performance des immigrants par rapport à la moyenne
de la population que par rapport à un sous-groupe non stochastique de cette
population" (ici ce sous-groupe désigne les immigrants eux-mêmes) (notre
traduction).
- Différence internationale dans la compétence des immigrants :
il existe également des différences dues à la discrimination de certains groupes.
Borjas (1994:1686) montre les niveaux moyens atteints en éducation et en salaire par les
immigrants de sexe masculin selon le pays d'origine et par rapport aux natifs
(États-Unis, 1990). Le tableau utilisé fait ressortir clairement la corrélation entre
le niveau d'éducation ou de salaire et le niveau de développement économique du pays
d'origine. Par ailleurs, plusieurs études se sont penchées sur la performance des
immigrants sur le marché de l'emploi du pays d'accueil. Borjas (1994:1693) cite Beggs et
Chapman (1991) pour l'Australie, Chiswick (1980) pour la Grande Bretagne, Dustmann (1993)
et Pischke (1993) pour l'Allemagne, Friedberg (1993) pour Israël. Cependant, les études
plus approfondi! es concernent le Canada avec Baker et Benjamin (1994), Wright et Maxim
(1993).
Selon ces dernières études, le flux annuel d'immigrants au Canada au
début des années 1990 était de l'ordre de 1% de la population. L'entrée au Canada
était limitée, jusqu'en 1961, aux ressortissants de certains pays comme le Royaume Uni
ou aux personnes dépendantes des résidents canadiens. Des changements politiques majeurs
en 1962 et 1967 permirent d'abroger les restrictions selon la nationalité d'origine pour
encourager le système de performances (voir 2.1-c en annexe I). En conséquence et à
l'inverse de la situation de 1960, les immigrants canadiens de la fin des années 1970
étaient relativement plus éduqués (+1 point en moyenne) que leurs homologues
américains. De plus au Canada, le salaire des immigrants était de 16% plus faible que
celui des natifs, contre 28% de moins pour les immigrants par rapport aux natifs am!
éricains (Borjas 1994:1694). Comme on le verra plus loin, ce système de point deviendra
moins pertinent avec le temps.
Par ailleurs, 27% des immigrants canadiens provenaient d'Europe au
cours des années 1980 contre seulement 10,4% pour les immigrants américains. Cependant,
les performances espérées ou les salaires d'un groupe de nationalité d'origine
spécifique au Canada et aux États-Unis entre 1965 et 1980 sont identiques. C'est donc le
système de visas à points qui occasionne un flux d'immigrants plus performants au Canada
à partir d'un pays d'origine donné (Borjas 1991:13). Ainsi, une bonne part de la
différence entre le niveau moyen de qualification d'un immigrant au Canada par rapport
aux États-Unis s'explique par la différence au niveau de la structure des immigrants
selon le pays d'origine (Borjas 1994:1695).
On retient que les pays ayant un système d'entrée sélective
"attirent" un courant d'immigrants relativement plus performant. C'est le cas de
l'Australie qui applique un système de points semblable à celui du Canada. Selon Beggs
et Chapman (1991), les immigrants australiens ont des salaires relatifs élevés. Par
contre pour Pischke (1993), les immigrants allemands ont des salaires relatifs bas. Ces
immigrants sont pour la plupart des travailleurs turcs admis au cours des années 1960.
La structure ethnique des immigrants est alors un déterminant
primordial de leur performance relative sur le marché demploi du pays hôte.
Néanmoins, l'étude de Long (1980) basée sur le recensement des États-Unis en 1970
prend en compte le sexe et suggère également une différence entre l'expérience du
marché de travail des immigrantes et celle des immigrants.
1.3.4 - Conclusion
Pour l'essentiel, les effets d'âge, de cohorte ou de période peuvent
biaiser les résultats. Ces effets d'âge et de cohorte sont faciles à contrôler en
regroupant selon l'âge ou selon les cohortes d'arrivée des immigrants, surtout lorsque
l'échantillon utilisé est relativement important. Mais il est pratiquement impossible
d'isoler l'effet de période. On peut seulement le mesurer à l'aide du changement dans la
composition ethnique des immigrants. Cette composition ethnique détermine pour une large
part la performance relative des immigrants par rapport aux natifs. Enfin, le problème
d'endogénéïté dû à la sélection des immigrants est moins évident à contrôler.
Pour des caractéristiques de base données, on admet souvent que les immigrants en
provenance d'un autre pays développé! ; sont plus aptes à réussir par rapport à leurs
homologues d'un pays du tiers monde. Mais pour DeSilva (1992), cela relève plus de la
discrimination dans le sens qu'on accorde des valeurs différentes aux qualifications,
surtout celles acquises dans le pays d'origine avant d'immigrer.
2 - IMPACT DÉMOGRAPHIQUE
DE L'IMMIGRATION INTERNATIONALE
De manière générale, on constate que par son apport direct (entrée
des immigrants) et son apport indirect (fécondité des immigrants), limmigration
internationale dans les pays développés contribue pour une large part à la croissance
de la population daccueil. Ce qui permet, entre autres choses, darrêter ou de
ralentir léchéance de la décroissance prévisible de ces populations. Au cours
des années 1990, les stocks de populations migrantes dans chacun des principaux pays
développés à immigration internationale placent les États-Unis au premier rang
mondial. Avec environ 20 millions de migrants, les États-Unis en effet arrivent loin
devant les trois principaux pays de lUnion Européenne que sont la France,
lAllemagne et le Royaume Uni. Ces trois pays réunis en accueillent moins de 17
millions, y compris le! s réfugiés (voir tableau n°4 en annexe). Le Canada et
lAustralie en ont quatre millions chacun, contre un peu plus dun million pour
le Japon et la Nouvelle-Zélande réunis. Mais cet ordre est entièrement inversé en
considérant la proportion de la population totale. Ainsi, à la suite de lAustralie
qui affiche plus de 23%, le Canada et la Nouvelle-Zélande arrivent dans le groupe de
tête avec près de 16% chacun. Avec moins de 8%, les États-Unis occupent alors la
cinquième place après la France qui en compte 10%. Le Royaume Uni et lAllemagne
suivent avec un niveau proche de 6,5% chacun.
Ces stocks et proportions résultent de lapplication de
politiques dimmigration différentes au cours des années antérieures. De telles
politiques permettent notamment de contrôler et de réguler le volume et la composition
des flux immigrants suivant des critères qui varient dans le temps et pour chaque pays.
Aux États-Unis, il sagit en loccurrence du système de quotas appliqué
notamment entre 1925 et 1960 et qui, en partant de la situation de 1920, visait à
rétablir un équilibre souhaité de la composition des immigrants selon le pays
dorigine. Au Canada, le système de visa à points introduit en 1967 et en
application jusquà ce jour, permet aussi de contrôler la répartition des
immigrants indépendants selon leur profession et en fonction des compétences
recherchées dans ce pays. Dans les pays de lUnion E! uropéenne, cette politique
dimmigration vise dabord la libéralisation des mouvements de personnes, de
capitaux et de biens et services entre les États membres de lUnion. Elle vise
également une exclusion des immigrants non communautaires, et est renforcée par un
réseau de traités et daccords intergouvernementaux sans cesse actualisés. Il
sagit notamment du traité de Rome (1957), des accords de Schengen I (1985) et de
Schengen II (1990), ainsi que du traité de Maastricht (voir annexe I-3.2).
Dans ce deuxième chapitre, nous passerons en revue les principales
caractéristiques des conséquences démographiques de limmigration internationale
dabord aux États-Unis et ensuite au Canada, avec une mention spéciale pour la
province de Québec et pour Montréal. Les cas de la France, de lAllemagne et du
Royaume Uni seront également abordés à titre dexemples des pays de lUnion
Européenne.
2.1 - IMPACT
DÉMOGRAPHIQUE AUX ÉTATS-UNIS
Ce pays accueille environ un million d'immigrants par an en incluant
l'immigration illégale, avec près de 90% en provenance des pays d'Asie et des Amériques
(Meissner et al. 1993). Mais ce nombre peut cacher des proportions d'immigrants encore
très faible de l'ordre de 0,4% par an avec une population qui dépasse aujourd'hui 260
millions d'habitants. Par contre, les proportions d'étrangers qui résultent de
l'accumulation des immigrants non naturalisés peuvent être importantes. Pour Borjas
(1994:1668), les flux dimmigrants (en millions) au cours des décades successives
entre 1880 et 1930 sont à peu près de 5,2 (1880-1889), 3,7 (1890-1899), 8,8 (1900-1909),
5,7 (1910-1919) et 4,1 (1920-1929). Ceci a pour conséquence des proportions respectives
de 14,7%, 13,6%, 14,6%, 13,2% et 11,6% de population étrangère présente dans ce pays à
la fin de chaqu! e décade. Après les restrictions à l'immigration intervenues en 1920,
ces flux ont chuté jusqu'à environ un demi-million entre 1931-1940. À la fin des
années 1960, la proportion d'étrangers n'était plus que de 4,7%. Mais cette proportion
remonte à 6,2% entre 1971 et 1980, et à 7,9% avec 7,4 millions d'immigrants entre 1981
et 1990.
En 1990, l'immigration entrait pour 40% dans l'accroissement de la
population, l'excès des naissances sur les décès comptant pour 60% (Body-Gendrot
1991:34). À partir des taux constatés, la même étude estimait qu'en l'an 2000,
l'apport de l'immigration entrerait pour 71% dans l'accroissement démographique. Les
États-Unis auraient cependant un pourcentage de population d'origine étrangère moins
important que celui des pays européens. Avec 263,2 millions d'habitants et 2,0 enfants en
moyenne par femme (World Population Data Sheet 1995), les États-Unis forment le pays le
plus peuplé ayant une fécondité des plus fortes parmi les pays développés. À défaut
d'études spécifiques sur la question, on peut très certainement dire que ce niveau de
fécondité aurait été beaucoup plus bas,! sans l'apport (indirect) des nouveaux
immigrants des pays du tiers monde connus pour leur plus forte fécondité.
En effet, le profil des nouveaux immigrants venus après 1965 a
sensiblement changé. En 1960, l'Europe contribue encore aux deux tiers des entrées. En
1980, elle n'en assure plus qu'un neuvième, et les dix premiers pays d'émigration sont
des pays d'Amérique Latine et surtout asiatiques avec au premier rang, le Vietnam, les
Philippines, la Corée du Sud, la Chine (République Populaire et Taïwan), l'Iran et
l'Inde. Contrairement aux Africains qui sont les moins nombreux, les Asiatiques et les
habitants des Îles du Pacifique étaient au nombre de 6,9 millions en 1988, et
représentaient 2,8% de la population américaine contre 1,7% en 1980. De plus, quatre
Asiatiques sur dix vivent en Californie et 93% dans une zone métropolitaine. Leur âge
moyen est de 30 ans contre 36 pour les Blancs. Le tableau 2 en annexe montre bien le
changement du profil ethnique de ces immigr! ants entre 1960 et 1985.
L'immigration internationale aux États-Unis se caractérise aussi par
sa concentration dans certains centres urbains. En 1980, les huit villes à forte
population d'origine étrangère sont : Los Angeles, New York, San Francisco, Miami,
Chicago, Houston, San Diego et Philadelphie (Body-Gendrot 1991:69). Si l'on écarte Los
Angeles qui est une entité urbaine d'un type particulier (il s'agit d'une juxtaposition
de collectivités s'étendant sur 120 kilomètres), on peut retenir trois villes de forte
immigration aux États-Unis : New York, San Francisco et Miami où la proportion de
population étrangère est de 30% et plus (voir tableau 3 en annexe).
Les États-Unis "absorbent" donc d'importants flux
d'immigrants internationaux. Ceci se traduit par une proportion d'étrangers de l'ordre de
12% à 15% par décade entre 1881 et 1930 (contre 5% à 8% entre 1960 et 1990) et une
fécondité de lordre de 2,0 enfants par femme, une des plus élevées parmi les
pays développés.
2.2 - IMPACT
DÉMOGRAPHIQUE Au Canada
Selon les données de Statistique Canada citées par Swan et al.
(1991:8-9), le mouvement migratoire international au Canada est marqué par quatre
périodes. D'abord entre la seconde moitié du XIXe et le début du XXe siècle où les
flux atteignaient 150 mille, mais les soldes migratoires étaient nuls, voire négatifs.
Ensuite entre 1900 et 1930 où les immigrations brutes annuelles ont parfois dépassé 400
mille, pour un solde annuel de près de 150 mille personnes. Entre 1930 et 1945, les
mouvements étaient quasi nuls, surtout pour les entrées. Les soldes étaient donc
négatifs mais faibles. Enfin, après la deuxième guerre mondiale et surtout à partir de
1967, les flux étaient variables. Ils culminaient à près de 300 mille immigrants autour
de 1957 (après lassouplissement en 1956 des condition! s dentrée pour les
candidats de lEurope du Sud comme le Portugal, la Grèce et lItalie), et des
soldes oscillant entre 100 et 250 mille immigrants par an. Les immigrations connaissent à
nouveau une baisse au cours des années 1990, à partir d'un sommet local situé entre
1992 et 1993.
En ce qui concerne la répartition géographique, l'immigration
internationale au Canada, tout comme aux États-Unis ou dans d'autres pays développés,
se concentre essentiellement dans quelques régions métropolitaines, en l'occurrence à
Toronto, à Montréal et à Vancouver. Selon Beaujot (1995), dans la population de
naissance canadienne, Montréal retient sa position historique de première ville du
Canada, mais la population immigrante de Toronto est plus que trois fois celle de
Montréal, parce que de cohorte en cohorte, Toronto (tout comme Vancouver) augmente son
pouvoir d'attraction sur les immigrants, tandis que celui-ci est stable à Montréal et
dans les autres régions métropolitaines. Avec la diversification de l'immigration et sa
concentration surtout dans ces trois grandes villes, les minorités visibles 5 y sont également plus concentrées. Plus des deux tiers des
minorités visibles habitent les trois grandes villes comparés à un tiers dans tout le
reste de la population. Ainsi, 24% de la région métropolitaine de Toronto est de
minorité visible, de même que 23% de celle de Vancouver et 10% de Montréal (Beaujot
1995:9).
| 5 Selon Beaujot (1995:1&6), l'immigration
représente le principal déterminant des nouvelles ethnies au Canada, et le statut
minoritaire a évolué au rythme des différents groupes qui se sont succédés avec les
changements dans les courants migratoires. Ce furent d'abord les Français (à leur
arrivée durant l'ancien régime), ensuite la population aborigène, puis les Anglais et
à nouveau les Français vers 1805 et enfin les divers groupes d'immigrants des deux
siècles suivants. En particulier, au groupe d'immigrants originaires surtout d'Asie,
d'Amérique Latine ou d'Afrique et venus depuis les années 1970, on attribue actuellement
le statut de minorité visible. |
En 1996, la population immigrée totale atteint environ cinq millions
pour lensemble du Canada (4971070). La part de lOntario dans cet effectif
dépasse la moitié (55%) contre moins de 14% (13,4%) pour le Québec. La population
immigrée à Toronto représente plus de 40% dans cette localité de 4,4 millions
dhabitants contre une proportion de moins de 18% pour Montréal qui en compte 3,4
millions dhabitants. Par rapport à la population immigrée totale du Canada en
1996, Toronto représente donc près de 36% contre moins de 12% pour Montréal.
Par ailleurs, les comportements démographiques des immigrants tendent
progressivement à se conformer avec ceux de la population de naissance canadienne, mais
lespérance de vie est marginalement supérieure chez les immigrants. Une étude de
Choinière (1993) au niveau des agrégats sur l'Île de Montréal, indique cependant une
différence d'environ trois ans d'espérance de vie à la naissance entre certaines
catégories d'immigrants par rapport aux natifs. L'avantage des immigrants est attribué
à la sélection qui favorise seulement l'entrée des personnes en bonne santé.
2.3
- QUELQUES PARTICULARITÉS DU QUÉBEC ET DE MONTRÉAL
2.3.1 La population immigrée au Québec et à Montréal
Comme on vient de le voir, les effectifs de population immigrée sont
nettement plus importants à Toronto par rapport au Québec. Mais en considérant les
effectifs pour chaque province, on constate que limmigration internationale est plus
concentrée à Montréal qu'à Toronto. En effet selon Termote (1992 : 29), Montréal
compte 89% des immigrants internationaux admis au Québec en 1986-1989, contre 62% de ceux
admis en Ontario pour Toronto. En 1996, ces proportions sont restées quasiment aux mêmes
niveaux de 65% pour Toronto contre plus de 88% pour Montréal. Ainsi, Montréal renferme
une plus importante part de la population immigrée du Québec que Toronto par rapport à
lOntario, et constitue donc un centre d'intérêt particulier pour une étude de
l'immigration internationale.
2.3.2 - Études démographiques sur le Québec et sur Montréal
Les travaux de Ledent (1993) montrent que l'immigration internationale
peut avoir un impact sensible sur l'évolution démographique du Québec, vu sa faible
fécondité. L'auteur utilise un algorithme de projection basé sur la généralisation du
modèle classique de Leslie pour désagréger la population selon deux régions, le
Québec et le Canada, et selon quatre groupes de naissance : (Québec, hors Québec au
Canada, non immigrant né au Canada et immigrant). La population de départ est celle de
1986 telle qu'estimée par le Bureau de la Statistique du Québec (BSQ) sur la base du
fichier de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) (6753 contre 6532 milliers
au recensement). Six hypothèses de volume annuel brut d'immigration (0, 15 000,
30 000, 45 000, 60 000 et 75 000), sont combin&ea! cute;es à six
niveaux d'indice synthétique de fécondité (1,35, 1,50, 1,65, 1,80, 1,95 et 2,10), pour
36 scénarios. Celui de base reprend la situation de l'époque (45 000 et 1,65).
L'immigration internationale à destination du reste du Canada est fixée à 205 000.
Les conclusions importantes portent sur les trois éléments suivants :
- Impact sur la taille de la population :
le maintien des valeurs actuelles des deux
principaux paramètres (45 000 et 1,65) ne peut empêcher la population québécoise
de décroître à partir des années 2030. Pour empêcher une telle décroissance, il
faudrait augmenter le niveau annuel dimmigration de 45 mille à 60 mille ou celui de
lindice synthétique de fécondité de 1,65 à 1,80 ou encore accroître de moitié
de chacun de ces deux indices. Dans les scénarios retenus, la fécondité a un rôle
accélérateur, tandis que l'immigration a un effet élévateur de la taille de la
population qui en résulte. Mais, l'effet de l'immigration l'emporte sur celui de la
fécondité, à cause des bas niveaux de l'indice synthétique de fécondité (